Dimanche 8 novembre 2009

Palme d’Or à Cannes cette année, Le Ruban Blanc n’a pu échapper à quelques soupçons de copinage de la part d’Isabelle Huppert alors présidente du jury. Copinage justifiable : Isabelle Huppert, auréolée en 2001 d’un prix d’interprétation pour La pianiste de Haneke, n’aurait-elle pas juste voulu lui rendre la pareille ? Moi-même à l’énoncé du palmarès en mai, je n’ai pu laissé échapper un soupir exaspéré. Peut-être à cause de ces soupçons plus ou moins fondés, je m’attendais à un film autiste et élitiste comme sais parfois les récompenser Cannes. A tort !

Le pitch : A la veille de la Première Guerre mondiale, de mystérieux accidents perturbent la tranquillité d’un petit village allemand.

Filmé en noir et blanc, ce village nous fait entrer de plein pied dans une atmosphère austère et trouble. Les habitants sont de fervents catholiques et les enfants vivent dans la discipline et la rigueur. Mais très vite, l’image lisse se craquelle pour laisser entrevoir le pire : l’adultère, l’inceste et l’humiliation. Les enfants assistent incrédules à cette mascarade sociale dont ils sont les victimes mais aussi les bourreaux. La mise en scène particulièrement soignée accentue le malaise des non-dits. Le noir et blanc, traditionnelle illustration du Bien et du Mal, a ici une utilisation troublante. Le blanc, pas tout à fait blanc, parfois écru, semble marquer une innocence illusoire. Le noir, plutôt proche du gris, paraît symboliser l’imposture, le Mal dissimulé. Le Mal n’est pas forcément là où on l’attendrait. Le ruban blanc est une sanction et un rappel à l’ordre. Punis pour ne pas avoir respecté le couvre-feu familial, deux enfants, frère et sœur, doivent porter un ruban blanc, l’un sur le bras, l’autre dans les cheveux, pour se rappeler leur innocence passée. Le ruban blanc doit agir comme purificateur. Mais quelle est la portée d’un tel symbole pour des enfants témoins quotidiens de la cruauté des adultes ? La réponse est peut-être dans cet oiseau éventré par une paire de ciseaux.

Autre indice d’une mise en scène à double tranchant : le cadrage. Plutôt qu’utiliser les gros plans, Michael Haneke multiplie les plans d’ensemble : portraits de famille, plans d’une classe d’élèves ou vue sur les villageois assistant à l’office religieux. Dans ces scènes idylliques, il y a chaque fois un élément qui vient perturber le cadre. Prenons par exemple, la chambre dans laquelle repose l’ouvrière accidentée. Elle est nue, sur son lit de mort et est coupée en deux. En effet, nous ne voyons que ces jambes car le reste est caché derrière un mur qui prend la moitié de l’image : première rupture. Le mari entre pour dire un dernier au  revoir à son épouse mais une femme l’arrête dans son élan pour couvrir la blessée d’une couverture : deuxième rupture. Le mari s’assoit au bord du lit  pour regarder un visage qu’on ne voit pas : troisième rupture. Enfin, à gauche, il y a un clou tordu planté dans le mur cassant définitivement le cadrage. Le même effet est reproduit dans la scène où les deux enfants du médecin parlent de la mort, attablés dans la cuisine. La poignée de porte à gauche casse l’encadrement serein du repas. Le petit garçon finit par rompre la conversation douloureuse en jetant son assiette par terre.

Dans une autre scène, le baron, sa femme très élégante, son fils et le pasteur sont sur le perron de l’église. On nous présente encore une vision idéale de la famille. Mais les yeux de la baronne trahissent un bonheur d’apparence. Les yeux dans le vide, elle semble détachée du réel. On comprendra plus tard que son regard exprimait là le malaise du couple.

Les enfants ont un rôle clé dans ce théâtre d’illusions. Ils reproduisent à la perfection le mépris des rapports de classes et la politique du châtiment divin. Ils appliquent méthodiquement la violence héritée des adultes. Par exemple, ils s’en prennent au fils du baron, symbole d’une vie privilégiée. Quant aux faibles, ils n’ont pas leur place dans cette micro société intolérante comme on le verra avec Karli, le jeune handicapé. Dans ce climat de frustration sociale, de contradictions permanentes entre Bien et Mal, d’éducation oppressante, comment ne pas devenir quelques années plus tard la proie de l’idéologie nazie ?

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Samedi 11 juillet 2009

1933. John Dillinger et sa bande sévissent dans le Chicago de l’après-crise de 29. Les banques sont les premières cibles des criminels devenus héros populaires d’une Amérique en déliquescence A l’image d’Al Capone, Dillinger fascine autant qu’il effraie un public lésé par les spéculations à outrance. En riposte, les autorités américaines déclarent la guerre au crime et crée le FBI. avec à sa tête John Edgar Hoover.

Oui mais voilà : le contexte politique et social dans lequel évolue Dillinger n’intéresse pas Michael Mann. John Dillinger c’est Johnny Depp qui prend des poses de malfrat, imite vaguement James Cagney en levant le sourcil et sort des pseudo phrases cultes : « J’aime le baseball, le cinéma, la sape, les bolides et… vous ! ».

Dillinger a une petite amie, Billie Frenchette (Marion Cotillard) pêchée dans un night-club où chante Diana Krall ! – pour l’ambiance jazz, on repassera. Quand Johnny embrasse Billie, Michael Mann met de la musique spéciale mélo pour dire que c’est là qu’il faut s’émouvoir. Il alterne avec des scènes de fusillades spectaculaires malheureusement gâchées par des sons aigus amplifiés : chargement d’un revolver, cliquetis de menottes ou ouverture de coffre-fort. Là, Michael Mann nous prévient qu’il y a de l’action. Christian Bale fait les gros yeux alors on sait que ça va barder. Les personnages secondaires nous font aussi passer le message : les mafieux locaux jouent les Pacino avec une crédibilité toute relative, les tenancières de maisons closes fument leur clope à la Garbo et les Marshals appelés en renfort ont le visage fermé pour avoir l’air méchant. Voilà pour l’ambiance années 30.  

Au début, le film démarre au quart de tour avec une évasion de prison orchestrée par Dillinger. L’un des complices blessé est traîné en voiture sur plusieurs mètres par un Dillinger qui ne peut se résoudre à lâcher son ami. L’abandon du corps sur la route laisse déjà présager de l’issue fatale de tout gangster. Après quelques braquages des plus philanthropiques - Dillinger braque les banques, pas les clients - le scénario s’embourbe dans un traitement superficiel : une histoire d’amour peu convaincante, un héros sans profondeur et des personnages secondaires peu étoffés. Seul le personnage de Melvin Purvis, joué par Christian Bale, semble un peu mieux maîtrisé.

La mise en scène est lourde. La photographie est parfois trop lumineuse voire jaune (à l’hippodrome, par exemple) ou trop pâle à d’autres moments (dans les rues de Chicago). Le tournage en HD (très efficace dans Collatéral) ici ne fonctionne pas et trahit une ambiance "années 30" déjà mal cernée. Dernier point faible, la durée : 2h15 avec beaucoup de longueurs et un manque de rythme évident.

Le film est plus proche d’un film d’action et du grand divertissement que d’un vrai biopic. On apprend très peu de choses sur la psychologie de John Dillinger et sur l’époque. Bizarre d’ailleurs, car dans les films de gangsters des années 30, références de Michael Mann pour son film, les réalisateurs s’étaient toujours appliqués à montrer la duplicité et la complexité des gangsters : James Cagney (L’ennemi public de William Wellman - 1931), Paul Muni (Scarface d’Howard Hawks – 1932) ou Edward G. Robinson (Le Petit César de Mervyn LeRoy – 1931) jouaient des personnages troubles presque névrotiques (L’enfer est à lui de Raoul Walsh – 1949) et incarnaient ainsi toute la violence de la société américaine de l’époque.

Mais visiblement, Public Enemies est avant tout du grand spectacle. A voir tout de même.

 

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Dimanche 28 juin 2009

Harry Caine, scénariste aveugle mais prolifique était autrefois Mateo Blanco, un réalisateur de renom. Il travaille avec sa fidèle Judit, productrice et amie de longue date, qui a connu à la fois Harry et Mateo. Deux noms pour deux vies que nous découvrons parallèlement. C’est la réapparition du fils d’un ancien rival, le mystérieux Ray X, qui va rouvrir les plaies cicatrisées et faire ressurgir les souvenirs douloureux. Un accident de voiture, l’amour fou pour une actrice vedette disparue, un film saboté… nous découvrons peu à peu la vie de Mateo.

Pedro Almodóvar semble rendre hommage au cinéma, à la création et à la relation toute particulière qui lie un réalisateur et son actrice. Malheureusement, c’est tellement maladroit qu’on passe à côté du sujet. D’abord, l’intrigue ne s’installe jamais, d’ailleurs quelle est l’intrigue ? Il y a quelques mystères à élucider : qu’est-il arrivé à Mateo, qui est cette brunette sur la photo (Penélope Cruz), qu’y a t’il dans le sac en plastique caché dans le tiroir…? Parfois le film prend des allures de telenovela. Il y a les fausses révélations finales : « Diego, Mateo est ton père ! ». Ah bon, mince alors, c’était ce que j’avais compris depuis le début ! Il y a les mystères qui n’en sont pas : le banal accident de voiture, par exemple. Vu le machiavélisme du rival, on s’attendait au moins à ce qu’il orchestre l’accident fatal… Eh bien non, c’est juste un chauffard qui passait par là ! LA révélation du film (le film raté par Harry était en fait un montage saboté) ne vaut pas ces 2h10 d’inaction et d’ennui. Almodóvar aime le cinéma (oui on a compris) et son actrice fétiche, Penélope Cruz. Alors, il l’a met en scène en Audrey Hepburn. Mais pour quoi faire ? Ca n’apporte absolument rien au récit.

Dans « Volver », Almodóvar rendait modestement hommage à ses actrices et à toutes les femmes. Ici, l’hommage se transforme en caricature. Penélope joue les actrices blessées et troublées façon Marilyn mais rien n’y fait, on n’y croit pas. Almodóvar semble se parodier lui-même. La scène entre Penélope Cruz et Carmen Machi, d’abord médiocre dans le montage raté, est remontée par Harry Caine. Pedro Almodóvar semble nous donner une leçon de cinéma : « Voilà ce qu’est une vraie scène de comédie ! ». Et Harry (Almodóvar) admire son œuvre corrigée, comme s’il avait retrouvé la vue. Malheureusement cette scène remontée est aussi médiocre que les autres. C’est raté !

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Dimanche 2 novembre 2008

Oliver Stone retrace le parcours de George W. Bush. Le portrait se veut explosif : W est un crétin, W est alcoolique, W mange salement son hamburger et ses frites, W s’étouffe avec un bretzel… Pathétique Bush : il ne sait même pas faire « Président de la République » !

Mais à trop vouloir le ridiculiser, Oliver Stone finit par le déresponsabiliser complètement. Bush est un benêt qui se retrouve à la Maison Blanche juste pour impressionner Papa. Mais rien à faire, Bush Sénior n’a d’yeux que pour Jeb Bush, le petit frère modèle. En puis, c’est dur la politique ! W découvre que son équipe lui ment. Donald Rumsfeld dit « Rumy » et Dick Cheney alias « Vice » lui ont fait croire qu’il y avait des armes de destructions massives en Irak. Lui pensait vraiment qu’il y en avait et qu’il allait les trouver. Pauvre W, si naïf ! Il finit par engueuler son équipe, les larmes aux yeux de s’être fait berner comme ça. En fait, la guerre en Irak, ce n’est pas sa faute : ce sont Rumy et Vice les coupables !

Oliver Stone veut-il faire rire ou faire pleurer ? Visiblement mal à l’aise avec son sujet, Stone jongle maladroitement entre la satire et le biopic de base. Il alterne scènes de décisions politiques et gros plans sur Bush qui s’empiffre jusqu’à nous donner la nausée. En quoi le montrer sur ses toilettes et se gavant comme un porc le rend moins crédible en président ? On attendrait un peu plus de virulence dans le propos, mais on reste en surface. Tout sent l’imposture, la mascarade. Josh Brolin fait de son mieux, il imite la voix de Bush à la perfection. A part ça, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Les autres personnages sont autant de figurants obsédés par leur ressemblance avec les originaux. On se prête au jeu du qui est qui, mais on regrette déjà la performance réduite au simple sosie. Colin Powell, le bon Samaritain, nous fait le coup des grimaces appuyées pour dire qu’il vote la guerre à contre-cœur. Condoleezza Rice émet des sons bizarres et dodeline de la tête comme les chiens en plastiques des voitures.

Personne ne sait réellement où se placer. On dirait des pantins lisant leur texte et cherchant des yeux un réalisateur fuyant sa propre mise en scène. Oliver Stone veut faire une parodie mais en même temps raconter la vraie vie de George W. Bush. La valse entre les genres nous fait perdre le fil. On rit un peu, on n’apprend pas grand-chose et on s’ennuie beaucoup devant un film bavard et quelque peu raté.

 

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Samedi 19 janvier 2008

Slimane est ouvrier sur un chantier naval à Sète. Proche de la retraite, il est licencié. Avec ses économies, il décide de retaper un bateau pour en faire un restaurant. Sa spécialité : un couscous de poisson.
Un fils introuvable, une course poursuite pour récupérer une moto, un couscous qui ne vient pas…jusqu’au bout La Graine et le mulet nous mène vers l’insaisissable. Jamais le héros n’aura été aussi proche de son but et pourtant… Déjà dans L’Esquive, on assistait aux difficultés qu’avait Krimo à s’extérioriser et à avouer ses sentiments à la fille des ses rêves. Ici, tout comme Krimo, Slimane peine à s’exprimer. Cette barrière du langage crée une distance vis-à-vis du reste du monde. Si face à l’administration, son mutisme est un obstacle à son projet, il peut être aussi un refuge. Pour répondre à une famille bruyante, à ses fils qui veulent le voir rentrer au pays, aux reproches de son ex-femme, aux crises de sa belle-fille, Slimane leur oppose le silence. Il reste impassible comme si rien ne pouvait l’atteindre. Seule Rym, la fille de sa nouvelle compagne, parvient à le toucher. Entre cette graine et ce mulet, il y a une complicité rare et silencieuse. La jeune fille agit comme un catalyseur dans la vie de Slimane. Elle l’aide à réaliser ce projet qui réunira tous ses proches.
On est forcément touché par cette famille qui nous invite autour d’un couscous atypique mêlant mixité, tolérance et humilité.

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Dimanche 11 novembre 2007

 

Après la mort d’une jeune prostituée durant son accouchement, une sage-femme enquête afin de retrouver la famille du nouveau-né. Sans le savoir, elle va mettre le nez dans une sombre histoire impliquant la mafia russe Londonienne.

Le film est profondément marqué par la dualité. C’est d’abord l’histoire d’une lutte très manichéenne. On assiste à un affrontement entre deux clans : la mafia russe contre la famille d’Anna,  le monde surréaliste de la pègre contre la réalité quotidienne des gens simples, et plus généralement la Haine contre l’Amour. On découvre également l’opposition entre deux modèles familiaux : d’une part,  le clan russe avec ses grandes fêtes de famille, ses règles à ne pas transgresser et la revendication de son identité et d’autre part, la déconstruction de la famille. Anna est séparée de son compagnon depuis sa fausse couche et est en conflit permanent avec son oncle qui semble pourtant être sa seule famille. Mais surtout, le personnage d’Anna est caractérisé par la perte de son identité slave : Anna ne parle pas russe et doit faire traduire le journal de la prostituée, ce qui l’amène à s’immiscer dans l’univers de la pègre. D’ailleurs, elle semble rejeter cette culture dont elle ne voit que les aspects sombres. Peu à peu, les deux modèles s’inversent. Les luttes de pouvoir, le crime et la haine gangrènent le clan russe tandis que la famille d’Anna se ressoude autour de l’enfant orphelin.
Les promesses de l’ombre aborde deux histoires parallèles par deux mouvements symboliques : d’un côté Anna qui creuse et découvre la noirceur de l’âme humaine, et de l’autre, Nikolaï qui émerge des profondeurs pour atteindre les sommets de la mafia. Et c’est justement à travers le personnage de Nikolaï que s’opère une ultime dualité. Nikolaï, sombre et ambiguë, ne laisse jamais dévoiler ses réelles intentions, pas même aux spectateurs. C’est avec la même froideur qu’il découpe les doigts d’un cadavre et qu’il sauve la vie du bébé. Qu’il soit chauffeur, homme de main de la pègre ou infiltré des services secrets, impossible de savoir avec certitudes de quel côté son cœur balance. Il le dit lui-même : « Je tourne à gauche, je tourne à droite… ». D’ailleurs ses choix restent obscurs jusqu’au bout : on ne sait pas s’il compromet son chef au nom de la justice, par vengeance après le piège du hammam ou pour prendre un jour sa place à la tête de la mafia. Infiltré jusqu’à y perdre son âme, il semble piégé dans cet univers criminel qu’il regarde à la fois avec cynisme et fascination.

Parfois naïf et souvent violent, le film est avant tout le lieu des désillusions, des promesses non tenues, des promesses de l’Est comme l’annonce le titre original, d’un eldorado rêvé devenu un cauchemar bien réel. Davis Cronenberg répond à l’horreur par la seule arme que possèdent les gens simples : l’Amour.

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Samedi 10 novembre 2007

Deux frères réalisent un vieux rêve en s’achetant un modeste bateau. Dès lors, les deux hommes se sentent pousser des ailes et veulent satisfaire de nouvelles ambitions. Tandis que Ian (Ewan Mc Gregor) dépense sans compter pour impressionner sa nouvelle copine, Terry (Colin Farrell) croit que la chance lui sourit enfin lorsqu’il gagne une grosse somme d’argent aux jeux. Mais la roue tourne et ils se retrouvent vite désargentés. L’arrivée providentielle d’un oncle fortuné va peut-être tout arranger… Mais à quel prix ?

Après Match Point et Scoop, Woody Allen revient avec le troisième volet de son échappée britannique. On y retrouve deux frères marqués par une profonde dualité. Complices de toujours les Ian et Terry se révèlent sous un jour très différent face au crime. Ils deviennent totalement opposés dans leur manière d’aborder et de vivre leur crime. Alors que l’un est réticent, l’autre accepte sans état d’âme. Après l’acte, Ian savoure sa nouvelle vie luxueuse alors que Terry est rongé par la culpabilité. Deux frères pour deux vices très différents. Ian est poussé par son ambition grandissante. Il s’est créé un personnage de riche séducteur pour plaire à sa ravissante comédienne. Et peu à peu cet homme fictif prend le dessus. Il est prêt à tuer pour protéger son image. Alors que Terry a des ambitions moindres. Ce garagiste a pour seul vice le jeu. Il représente l’anglais moyen qui n’a que des rêves simples : offrir à sa femme la maison de ses rêves. C’est d’ailleurs pour cela que le crime est d’autant plus disproportionné pour lui.

Woody Allen opère une réelle rupture avec les films qui ont fait son succès (Annie Hall, Tout le monde dit I love you, Manhattan). Fini de rire ! Dans Match Point, on explore la noirceur de l’âme humaine, tandis que Scoop met en scène un Woody Allen moribond dans une comédie grinçante. Là, retour au noir avec un film sombre et cruel sur l’ambition destructrice. Dans chacun des trois films, l’ambitieux devient criminel. Et plus encore dans ce Rêve de Cassandre, où des frères s’entretuent tels Caïn et Abel. Comme si ce dernier Woody Allen marquait une sorte de retour aux origines.

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Samedi 11 août 2007

Mais qu’arrive t-il à Claude Chabrol ? Est-il un peu fatigué, désabusé ou tout simplement usé ? Toujours est-il que son dernier cru sent la piquette comme s’il avait, depuis quelques films déjà, du mal à se renouveler…


Explications : Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier), jeune miss météo d’une télé locale lyonnaise, rencontre dans les coulisses Charles Saint-Denis, un écrivain à succès. Elle qui n’a jamais ouvert un bouquin, se passionne soudainement pour l’écrivain qui représente tout : la richesse, la célébrité, le pouvoir et… l’expérience. Charles est marié à une femme insipide qui ne sait pas dire son texte correctement. Il est également proche de Mathilda May, son éditrice pulpeuse et libertine (est-ce bien crédible ?). Entre Gabrielle et Charles, c’est la grande passion. Mais un troisième larron vient y mettre son nez : Benoît Magimel alias Paul, un héritier provincial guindé dans ses costumes de bourgeois caricatural. Paul vit de ses rentes et à part parader dans sa décapotable avec son larbin, il ne fait pas grand-chose. Ah, si ! Il aime damer le pion à Saint-Denis, la star locale, dont il ne supporte pas la popularité. Il va donc essayer d’attirer Gabrielle dans ses filets mais il est assez maladroit et légèrement névrosé…


Comme dans les précédents films (La fleur du mal, La demoiselle d’honneur), les acteurs semblent coincés par la mise en scène Chabrolienne. Les personnages restent figés dans des postures caricaturales et une vision de la bourgeoisie un peu surannée. Si certains, comme Ludivine Sagnier ou François Berléand, jouent avec plus ou moins de sincérité, d’autres se contentent vraiment de réciter leur texte. Quant à Benoît Magimel, il surjoue jusqu’au ridicule. Son rôle de jeune rentier paraît trop caricatural pour lui : un mélange de dandy survolté et de vieille folle. A défaut de haïr ce jeune arrogant, on rit tellement Magimel se noie dans la démesure, même si cela reste plaisant de le voir dans un rôle inhabituel. On retrouve, ici et là, des références à Pas de printemps pour Marnie avec des plans entièrement empruntés à Hitchcock (Gabrielle au volant de sa décapotable, le gros plan sur son visage horrifié à la réception) mais Ludivine Sagnier n’est pas Tippi Hedren… Parfois, les dialogues semblent trop écrits, trop littéraires et cela manque cruellement réalisme.


Ici, Lyon a des allures de trou perdu. Chabrol ne prend donc pas la peine de s’attarder sur les décors, les paysages et les petites ruelles. Lyon manque de chaleur, de lumière et de vie. C’est une bourgade ennuyeuse où les notables locaux tuent le temps dans un manoir feutré dédié à l’échangisme. Le faux secret, assez vite éventé, autour du manoir des plaisirs est un élément trouble sensé révéler la vraie nature des personnages. Mais la révélation tombe à plat.


Ce qui est latent dans le film, c’est cette fascination des vieux libidineux pour la chair fraîche. Ludivine Sagnier est un petit chaperon rouge qui réveille des pulsions malsaines chez ceux qui la convoitent. Charles, Paul, son patron et même son oncle, fantasment sur une innocence suggérée et pourtant peu crédible. En effet, Ludivine Sagnier qui a tout d’une pin-up, a du mal à nous faire croire qu’elle n’a jamais vu le loup.


Le film est assez plat : platitude des lieux, de l’intrigue et des acteurs. Cela manque de relief. On ne baille pas car Magimel, en dandy un peu fofolle, nous maintient éveillé mais l’on se demande tout de même si Claude Chabrol n’est pas atteint d’une grosse fatigue. On attend le prochain film.  

Par Sabrina Bonose - Publié dans : Sorties Ciné
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Lundi 23 juillet 2007

Tout commence par la fuite d’un homme, ou plutôt de deux hommes. L’un est un tueur en série, tout juste échappé de prison, l’autre est un professeur de lettres qui disparaît en laissant femmes et enfants. Nous suivons justement l’itinéraire d’un homme (Dominique Pinon) sans savoir qui il est.  Il semble être l’un et l’autre à la fois. Tantôt inquiétant, tantôt égaré, on le devine manipulateur, mais à quel point ?

 

L’homme aime jouer à être un autre. Tueur en série, mari fuyant, simple médecin ou nègre d’un grand écrivain, il incarne tous les personnages d’un roman. Notre homme mystère intrigue : impossible d’entrer dans sa tête, de deviner ses intentions. Il ne ressemble jamais à ce qu’il prétend être.

 

Autour de lui, gravitent plusieurs femmes : Huguette (Audrey Dana) une midinette délaissée sur une aire d’autoroute, Florence (Michèle Bernier) une femme trompée et Judith Ralitzer (Fanny Ardant) une romancière à succès.

 

Chacune joue un rôle : Florence est un semblant de mère de famille modèle – plus pour très longtemps – Huguette se grime en femme comblée pour rassurer sa famille, tandis que toute la vie de Judith Ralitzer n’est qu’une vaste imposture.

 

Toutes évoluent dans un jeu de dupes où Pinon est le seul à en assumer les règles. Il laisse les autres croire à sa profonde crédulité. Pinon se joue d’elles et de nous aussi. Chaque fois, on pense avoir deviné ses intentions mais il nous emmène ailleurs.

 

Claude Lelouch nous plonge dans un polar à l’atmosphère tendue. A l’image de son personnage, il joue à être un autre jusqu’à utiliser un nom d’emprunt pour signer son film. Reprenant les clichés du roman de gare, il s’affranchit des stéréotypes de départ en jouant habilement sur l’ambiguïté des personnages. Il nous interpelle et nous incite à aller au delà des apparences. Parfois irrationnel, ce Roman de gare plonge le spectateur dans le doute : on ne sait plus si les personnages sont réels ou de simples héros littéraires.

 

C’est du grand Lelouch : un film sobre, dénué de dialogues abscons sur le couple et de théories absurdes sur les relations humaines, auxquels il avait fini par nous habituer. Il marque ici un retour à la simplicité, à la sincérité et à l’émotion. Avec beaucoup de lucidité, il valse de la tendresse au cynisme. Mais chez Lelouch, point de pessimisme à l’emporte-pièce : l’amour reprend ses droits et le livre se referme.

Par Sabrina BONOSE - Publié dans : Sorties Ciné
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Vendredi 18 mai 2007

C’est avec beaucoup d’impatience, que j’attendais le nouvel ovni signé David Lynch. Après le tortueux Lost Highway et l’envoûtant Mulholland Drive, il était difficile de faire mieux. D’ailleurs à l’époque de ce dernier, j’avais pensé que Lynch ne pourrait pas aller plus loin dans son art. Bizarrement, j’avais l’impression que Mulholland Drive était une sorte de finalité. Au delà de la vision métaphorique de l’ogre hollywoodien qui vampirise les âmes, je pensais qu’une partie du mystère Lynch avait été résolu. La rituelle opposition entre Bien et Mal, Blonde et Brune, Réel et Imaginaire, après s’être inversée au fil des films, s’était finalement muée en une seule et même entité. Le monde devenait le reflet de l’âme humaine, double et insondable, un couloir avec d’innombrables portes qu’il ne fallait pas forcément ouvrir. J’aimais cette idée que tout mystère ne devait pas forcément être résolu. Une fois qu’on l’avait compris, qu’est-ce que Lynch pouvait nous dire de plus ? Le réalisateur avait lui-même avoué ne pas être sûr de refaire un film. Pour moi, tout été dit. Il restait un ou deux projets inachevés comme Ronnie Rocket (une histoire évoluant dans un univers très industriel) qui n’a jamais vu le jour. Mais l’oeuvre inachevée reste une des caractéristiques indispensables de tout artiste accompli. Je restai donc là, déjà résignée à l’idée que Mullholland Drive serait bel et bien son dernier film, jusqu’à ce qu’apparaissent les premières rumeurs d’un nouveau film du grand Lynch. De rares informations glanées sur internet laissaient entendre que le film serait entièrement tourné en DV, avec sa muse de la première heure, Laura Dern (déjà vue dans Blue Velvet, Sailor et Lula) et que le film durerait trois heures (eh oui à l’époque on le savait déjà !). A part ça, peu de détails sur le sujet, l’intrigue et donc le coeur du film. Ma réaction a été très enthousiaste, un peu naïve et je l’avoue quelque peu stupide : c’est du Lynch, ce sera forcément génial, un vrai chef  d’oeuvre. Quelques mois avant sa sortie en France, des échos hollywoodiens parlaient d’une performance hallucinante de Laura Dern. Tout un programme ! Quelques jours avant le jour J, la bande-annonce très obscure entretenait le mystère et les critiques intellos passaient deux heures à expliquer que le film était inracontable. D’ailleurs je ne voulais pas entendre les critiques, les décryptages et toutes autres formes d’analyses qui risquaient d’altérer mon jugement sur les premières images du film. Mercredi 7 février : le film sort en salles en France. Il n’est pas dans beaucoup de salles parisiennes et la séance du soir, après le boulot, n’est pas avant 21h. Je décide d’attendre jusqu’à dimanche après-midi. Au moins j’aurais l’esprit clair pour bien appréhender toutes les subtilités du film. MK2 Bibliothèque, séance de 14h20. Salle A, l’une des plus grandes. Toute excitée, je monte les escaliers comptant les minutes qui me séparent du film. Une masse de gens s’agglutine devant les portes avec autant d’impatience. Enfin, nous entrons. Je cherche la meilleure place : la quatrième rangée en partant de l’avant, le siège le plus au centre de l’écran (une manie de cinéphile). La salle se remplit. Musique, bande-annonces, pubs... cela semble interminable. Allez, allez plus vite ! Les lumières s’éteignent enfin. Des successions de « chuuut » envahissent la salle. Le cauchemar commence...  

Nikki Grace, une jeune actrice, reçoit la visite de sa voisine, une vieille femme un peu étrange qui lui annonce qu’elle a obtenu un rôle. La jeune femme est en effet choisie pour interpréter le personnage de Susan dans une bluette hollywoodienne lourdement nommée On High in Blue Tomorrows (Là-haut dans les lendemains bleus). Nikki rencontre son partenaire Devon Burk qui joue Billy, son amant à l’écran. Les répétitions commencent mais très vite, des évènements étranges perturbent le tournage. Les acteurs se sentent épiés. C’est alors que le réalisateur avoue les faire jouer dans le remake d’un film maudit, dont le couple vedette mourut tragiquement avant la fin du tournage. Cette révélation sème le trouble chez les deux acteurs et notamment chez Nikki.

Difficile de discerner immédiatement le sens d’Inland Empire et c’est sans aucun doute ce qu’espère David Lynch : qu’on ne s’y retrouve pas. Nous entrons dans l’empire intérieur de Nikki/Susan, une femme multiple, naïve et perfide à la fois, virginale et machiavélique. Nous ne savons jamais vraiment qui est-ce que nous observons : Nikki ? Susan ? Nikki dans la peau de Susan ? Ou Laura Dern elle-même s’aventurant avec délectation dans le labyrinthe de Lynch ? Sans doute toutes ces femmes en même temps. Le métier d’actrice est fortement mêlé à celui de prostituée comme si jouer un rôle signifiait vendre son âme et perdre son identité. Nikki/Susan, quasi-possédée par le rôle d’une morte, n’existe pas dans cette fiction. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, anéantie par un amour qui ne peut se réaliser et qui se résume à une simple coucherie sous les yeux d’un mari dépassé. Susan se perd dans ses illusions (elle espère l’amour de Billy/Devon) et son univers est une vaste farce. C’est un cirque à l’image de la tâche de ketchup surdimensionnée sur le t-shirt du mari.  La vie de couple est, elle aussi, une vaste plaisanterie représentée par des lapins en peluche qui miment une vie quotidienne fade et mécanique, devant un public nourri aux sitcoms. Le couple est inexistant quand il n’est pas en phase de décomposition.

Dans la continuité de Mullholland Drive, les paillettes côtoient le sordide. L’adultère prévisible confirme l’impossibilité d’un amour pure à Hollywood. L’histoire trouve un écho en Pologne, dans une chambre d’hôtel glauque où une femme brune voit Nikki, son double blond, jouer sa vie à l’écran. Tout n’est qu’un perpétuel recommencement. La chambre d’hôtel, où qu’elle soit, est le lieu de l’impossible, de l’adultère, de la trahison, de la perte d’identité. C’est là que se retrouve Nikki/Susan, entourée de prostituées qui constituent, chacune, une part d’elle-même. C’est là que se cristallisent ses angoisses et sa peur du monde extérieur. L’actrice étant une prostituée d’Hollywood, c’est tout naturellement qu’elle est plantée au tournevis le long d’une avenue et qu’elle agonise sous les yeux d’une SDF à la fois sénile et désabusée.

Mais tout n’est pas si clair dans Inland Empire. On nous parle du couple alors que le personnage est toujours seul, vampirisé par ses hallucinations et ses névroses. Le pendant polonais de cette histoire est également très obscure, parfois lourd, souvent incohérent. On ne comprend pas toujours ce que Lynch veut nous dire. Mais veut-il vraiment nous dire quelque chose ? Nous sommes souvent dans l’abstrait et nous cherchons vainement une explication qui n’existe pas.

Que pouvait-on attendre réellement d’Inland Empire ? Forcément autre chose que tout ce que l’on avait pu voir auparavant. Un film à part, en rupture avec ce que David Lynch avait pu véhiculer dans ses précédents opus. Une rupture qui passe par l’expérimental, la transcendance, l’implicite, quitte à frôler la caricature de l’étudiant en première année de cinéma. David Lynch nous avait habitué à mieux.
Par Sabrina BONOSE - Publié dans : Sorties Ciné
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