Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 10:43

 

SORTIE LE 1ER FÉVRIER

 

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Famille, je te hais ! Lynn ne le dit pas mais n’en pense pas moins. Pas étonnant quand on voit ses parents insensibles, ses sœurs cancanières et ses enfants névrosés. En plus, il y a Paul, son ex-mari sans cœur, qui a refait sa vie avec une plantureuse pimbêche. Et dire que tout ce petit monde doit se retrouver pour le mariage de Dylan, le fils aîné ! Est-ce que Lynn saura mettre ses rancoeurs de côté pour la cérémonie ? Pas sûr…

 

FAMILLE AU BORD DE LA CRISE DE NERFS…

 

Drôle, tendu, hilarant, larmoyant, le premier film de Sam Levinson (fils de Barry) est une gigantesque montagne russe. Another Happy Day vivote selon les humeurs de Lynn (Ellen Barkin), femme au bord de la crise de nerfs qui passe du rire aux larmes avec la même hystérie. Mais bientôt, se profile l’objet de ses angoisses : ses enfants. D’abord, Eliott (Ezra Miller excellent), fils alcoolique et toxicomane, jamais avare de sarcasmes ; puis Ben, petit génie légèrement autiste ; et enfin Alice (Kate Bothworth), fille fragile et autodestructrice. Bizarrement, le seul à aller bien est Dylan, le futur marié. Forcément, il a vécu avec son père… Le film évoque ici le cas de deux familles recomposées : celle de Paul qui s’épanouit dans l’harmonie la plus complète et celle de Lynn qui, malgré sa nouvelle vie avec Lee et leurs enfants (Ben et Eliott), ne trouve pas la sérénité. Derrière ce tableau bancal, Sam Levinson questionne la rupture. Douloureuse pour elle, libératrice pour lui, elle a changé à jamais les destins de chacun. Alors que Paul est passé à autre chose avec son fils Dylan, Lynn et sa fille Alice ont cultivé rancunes et frustrations. La réunion de famille est donc l’occasion d’un règlement de comptes, d’une confrontation entre un bonheur égoïstement aveugle et des souffrances difficilement camouflables. Sam Levinson analyse avec beaucoup d’intelligence ce qui peut détruire un individu lors d’une séparation. A mesure que Lynn raconte ses blessures secrètes, on découvre le manque de soutien de ses parents, les réflexions de ses sœurs, l’arrogance de Paul et toutes ces petites cruautés invisibles qui, peu à peu, lui ont fait perdre confiance en elle. Bien sûr cet affrontement familial sera terrible, parfois excessif, souvent pathétique, et pourtant impossible de ne pas adhérer à la douleur de Lynn tellement elle s’exprime avec sincérité. Ellen Barkin est géniale dans ce rôle de mère désoeuvrée. Face à elle une touchante Ellen Burstyn en mamie exaspérée. Mention spéciale à Demi Moore qui joue l’insupportable rivale de Lynn avec exubérance. Mais surtout, il y a Ezra Miller, vu récemment dans We need to talk about Kevin, dont le mystère illustre à merveille toute la confusion interne de l’être humain. 

 

 

Titre VO: Another happy day / Pays : USA/ Durée : 1h59/ Distribué par Memento Films/Sortie le 1er Février 2012   

Par Sabrina Bonose - Publié dans : PROCHAINEMENT
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 09:41

 

SORTIE LE 1ER FÉVRIER

 

SUR LA PLANCHE

 

A Tanger, deux jeunes filles décortiquent frénétiquement des crevettes dans une usine qui les paie au kilo. Rêvant d’un ailleurs plus glorieux, Badia et Imane ne se mélangent pas à leurs collègues. Un jour, elles rencontrent Nawal et Asna, deux autres travailleuses qui officient dans le textile. Dans cette nuit marocaine où sommeillent toutes les ambitions, ces quatre ouvrières de 20 ans vont, d’une manière ou d’une autre, faire exploser leur rage…

 

UNE COURSE HALETANTE CONTRE L’IMMOBILISME SOCIAL

 

« Je ne vole pas : je me rembourse. Je ne cambriole pas : je récupère. Je ne trafique pas : je commerce. Je ne me prostitue pas : je m’invite… » Badia est comme ça. Elle vit selon sa logique implacable. Elle assène ses coups de poing verbaux et moraux face à une violence sociale qui la cantonne à l’usine. Elle compte ses crevettes tout en énonçant ses principes devant une amie complètement dépassée. Dans ce premier long-métrage, la documentariste Leïla Kilani nous plonge dans une réalité brute et, parfois, déconcertante. Badia va trop vite, parle en accéléré, réfléchit trop, court tout le temps, veut faire mille choses… Pourquoi, alors, en est-elle arrivée là ? Peut-être est-ce justement cette ébullition permanente qui a fini par lui barrer la route du succès. Car Badia est dans sa bulle, un peu autiste, clairement asociale. Elle ne se lie pas, ne s’intègre pas, ne s’attache pas. On est aussi intrigué que fasciné par ce personnage qui séduit comme une fille et rejette comme un garçon. Toute l’ambiguïté de Badia est là : elle se marginalise tout en espérant accéder à une vie meilleure. Elle cherche l’Eldorado de l’autre côté, idéalisant un monde qui ne l’est pas. D’abord, dans cette zone industrielle de textile symbolisant un business vers l’Europe, puis dans ces quartiers faussement bourgeois où les hommes prospèrent grâce aux trafics de smartphones, et surtout, chez Nawal et Asna qui, d’apparence, semblent avoir réussi alors qu’elles sont aussi paumées que les autres. On sent la pression sociale au sein même du groupe des quatre : « Les crevettes » considérées comme une sous-catégorie de travailleuses dont l’odeur nauséabonde leur colle à la peau ; et « les textiles », plus distinguées par l’illusion du vêtement. Ces jeunes femmes, au début si différentes, se révèlent bien vite semblables. Pourtant, elles perpétuent entre elles les mêmes humiliations et rapports de domination qu’elles subissent des hommes et de la société. Pas surprenant alors que l’héroïne s’isole pour ne viser qu’un seul objectif : le mouvement. Chez Badia, qui a quitté sa famille pour un avenir plus florissant à Tanger, on perçoit une urgence, une soif de changement, une révolte imminente. Et la réalisation nerveuse de Leïla Kilani raconte à la perfection l’insoumission qui transpire par tous les ports de la peau d’une génération brimée. 

 

Article écrit le 15 janvier 2012 

 

Titre : Sur la planche/ Pays : Maroc/ Durée : 1h46/ Distribué par Epicentre Films/Sortie le 1er Février 2012   

Par Sabrina Bonose - Publié dans : PROCHAINEMENT
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 16:35

 

SORTIE LE 1ER FÉVRIER 

 

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Au Kenya, dans la réserve de Masai Mara, s’épanouit un fabuleux monde sauvage. C’est là que deux tribus de lions vivent à bonne distance, séparées par un fleuve. Au Sud, le clan de Fang réunissant de nombreux mâles et femelles. Parmi eux, Layla, une grande chasseuse très protectrice à l’égard de sa fille Mara. Au Nord, Kali et ses fils attendent patiemment que le niveau du fleuve baisse pour envahir le territoire de Fang. A l’écart des conflits, Sita, une mère guépard, élève seule ses cinq petits et les prépare aux dangers de la nature…

 

UNE AVENTURE UNIQUE AU PLUS PRÈS DES FÉLINS

 

Belle surprise pour ce documentaire qui ambitionne de nous accompagner au plus près du monde sauvage. Dès les premières images, Félins impressionne par ses paysages lumineux et surtout ses gros chats qu’on peut presque caresser. Grâce à la précision d’une caméra ultra-rapide (caméra Phantom à 450 images par seconde), chaque mouvement et chaque détail se dévoilent à nos yeux comme jamais : les courses effrénées des guépards, les crinières majestueuses des lions, leurs pelages soyeux et même le craquelage de leurs coussinets. Au-delà de la performance technique, ce qui fait de ce documentaire un objet à part est l’histoire que nous racontent ces fauves. D’un côté, les grandes fratries de lions animées par de puissants liens affectifs, de l’autre les guépards, naturellement solitaires. Autour d’eux, une faune fascinante réunissant girafes, éléphants, crocodiles, zèbres, tortues et d’autres espèces plus étonnantes. Certains s’avèrent être de dangereux prédateurs, d’autres des proies inévitables ou des compagnons de jeu. On se passionne vite pour les destins de Layla, Mara, Fang, Kali et Sita car ils nous entraînent dans une aventure pleine de rebondissements. Derrière les rivalités de clans, les intrigues sociales et les obstacles de chaque instant, se révèlent la chronique d’une survie et toute la beauté de la nature. A voir à partir de 6 ans.

 

 

 

Titre VO: African Cats / Pays : USA/ Durée : 1h27/ Distribué par Walt Disney Company/Sortie le 1er Février 2012   

Par Sabrina Bonose - Publié dans : PROCHAINEMENT
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 20:04

 

SORTIE LE 15 FÉVRIER

 

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Premier ministre de 1979 à 1990, Margaret Thatcher a régné d’une main de fer sur le territoire britannique. Face à la crise économique, au terrorisme de l’IRA  ou à la guerre des Malouines, elle a toujours fait preuve de la même fermeté. Ce sont ses positions radicales qui lui valurent le surnom de Iron Lady. Aujourd’hui, Margaret Thatcher, 87 ans, a perdu de sa superbe. Prise d’absences régulières, elle se terre dans sa propriété, revivant inlassablement son passé. L’occasion de découvrir les débuts d’une femme politique qui a dû lutter pour s’imposer dans un monde d’hommes.

 

AU DELÀ DE LA PERFORMANCE PHYSIQUE, UN BIOPIC TRÈS CONSENSUEL

 

Avant La dame de fer, Phyllida Lloyd avait signé Mamma Mia, l’adaptation cinéma de la comédie musicale. Ici, point de chanson, mais une petite musique déjà trop souvent entendue : le biopic politique qui ne fait pas de vague. Au départ, une jeune fille au physique ingrat et au train de vie modeste, subissant les moqueries de jolies poupées écervelées. Margaret se fiche d’être maquillée comme une starlette, elle rêve plutôt d’étudier à Oxford et de s’engager en politique. Son diplôme en poche, elle commence à diffuser ses thèses conservatrices au moyen d’élections locales. La valeur Travail, il n’y a que ça de vrai. Elle le dit et le répète jusqu’à conquérir l’électorat travailliste. Désormais mariée et mère de deux enfants, elle n’en oublie pas sa carrière qu’elle place aisément au premier plan. Quelques années plus tard, on retrouve Margaret à la chambre des Lords, moquée, là encore, pour ses chapeaux excentriques et ses tailleurs de mémère. Face à un bastion d’hommes hargneux et un public sceptique, il lui faudra changer de coiffure et donner un ton moins hystérique à sa voix. C’est ce qui lui permettra d’emmener le parti jusqu’au pouvoir. S’enchaineront alors les obstacles que connaissent tous les politiques : les décisions impopulaires, les conflits sociaux, puis le désaveu de son propre camp… Dans ce défilement didactique d’évènements, on espère en vain explorer la complexité du personnage. Mais Phyllida Lloyd reste en surface, préférant jouer sur la ressemblance spectaculaire de Meryl Streep et sa phase de coaching façon Discours d’un roi. La seule originalité vient de cette terrible alternance entre l’intransigeance passée et la sénilité du présent. Malheureusement, elle ne réussit pas à faire émerger la moindre remise en question d’une figure à la radicalité contestable. Décidément, il semble compliqué de réaliser un film critique sur des gens de pouvoir. Entre un J. Edgar Hoover vu par le prisme de sa sensibilité homosexuelle et un président français réduit à une simple victime du cocufiage (La conquête de Xavier Durringer), le cinéma n’a visiblement pas envie de s’attirer les foudres des puissants. N’émergent alors que des portraits humanisants et arrangeants avec l’Histoire. 

 

 

 

Titre VO: The Iron Lady / Pays : UK/ Durée : 1h44/ Distribué par Pathé Distribution/Sortie le 15 Février 2012  

Par Sabrina Bonose - Publié dans : PROCHAINEMENT
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 15:37

LES-NVX-CHIENS-DE-GARDE.jpg

 

Quel avenir pour l’information et la démocratie quand les médias s’acoquinent avec le pouvoir ? C’est, en substance, la question posée par le reporter Gilles Balbastre et le spécialiste du montage Yannick Kergoat. Déjà en 1997, Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, pointait du doigt la collusion entre journalistes et politiques dans son livre Les nouveaux chiens de garde. Inspiré par le pamphlet de Paul Nizan (Les chiens de garde édité en 1932) qui dénonçait la connivence des élites, l’ouvrage d’Halimi avait déclenché une salve de critiques de la part de confrères clamant haut et fort leur indépendance. Mais alors qu’ils sont détenus par une poignée d’industriels, eux-mêmes proches des partis, comment les médias peuvent-ils encore assurer une information objective ? Faute d’une remise en question, l’ambiguïté demeure. Prolongeant l’analyse de Serge Halimi, le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat revient sur un système absurde qui s’est généralisé.

 

UNE FINE ANALYSE DE LA FINANCIARISATION DES MEDIAS

 

Retour à l’ORTF. En 1963, Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, s’invite à la télévision pour annoncer la refonte des JT : plus d’images, plus d’interventions d’experts et toujours la même sacro-sainte objectivité. Voir un homme politique dicter la ligne éditoriale d’une chaîne semble aujourd’hui totalement surréaliste. Et pourtant, le lien étroit entre médias et pouvoir n’a jamais été aussi évident. Entre les couples politico-journalistiques affichés en une des magazines, les patrons reçus en grandes pompes sur les plateaux TV (Arnaud Lagardère invité par ses employés d’Europe 1, Drucker et Elkabbach, dans Vivement Dimanche), Nicolas Sarkozy passant ses vacances sur le yacht de Bolloré, difficile d’imaginer un réel clivage. Mais très vite, Gilles Balbastre et Yannick Kergoat étendent le sujet au rapport économique des médias. Ayant fait main basse sur les groupes de presse,  les grands patrons ont, de fait, changé la donne en matière d’information. Comment TF1 peut-il traiter d’un incident industriel chez Bouygues ? Comment des journalistes qui, en privé, animent des congrès pour des grandes marques, peuvent ensuite interroger en toute impartialité leurs représentants ? Pourquoi des experts économiques sont-ils présentés sous l’étiquette d’universitaires et pas celle de conseillers spéciaux des banques ? Le documentaire montre comment ces incohérences mettent en danger le pluralisme et la neutralité des médias. Loin de chercher le scoop, les Nouveaux chiens de garde nous offre une étude sociologique des sphères politiques, médiatiques et financières, de ces spécimens qui ne vivent qu’entre eux, fonctionnent de la même manière, pensent la même chose et finalement véhiculent à l’endroit du public les mêmes idées. Se profile alors la perspective d’une pensée économique et sociale unique, soutenue par des journalistes vedettes garants d’un ordre établi. Décryptée par des spécialistes indépendants, étayée par un montage judicieux, cette étude cinglante raconte quelque chose de profondément insupportable. On pense à Pierres Carles et ses documentaires incisifs qui dénonçaient déjà cette consanguinité des élites. Mais là où parfois celui-ci se contentait d’un cynisme passif, Les nouveaux chiens de garde oblige à une distance critique vis-à-vis de l’information reçue et donne souvent envie d’éteindre définitivement sa télévision. 

 

 

A lire : Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi (éd. Raisons d'agir)

Et aussi : Sur la télévison de Pierre Bourdieu (éd. Raisons d'agir)

 

Titre : Les nouveaux chiens de garde/ Pays : France/ Durée : 1h44/ Distribué par Epicentre Films/Sortie le 11 Janvier 2012   

Par Sabrina Bonose - Publié dans : SORTIES CINÉ
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 00:18

 MILLENIUM 2009   MILLENIUM 2012

 

 

On connaît la petite histoire : Stieg Larsson, l’auteur de Millenium, n’a jamais eu le temps de savourer le succès mondial de sa trilogie. L’écrivain suédois est mort en 2004 d’une crise cardiaque, à l’âge de 50 ans, soit un an avant la publication de ses trois tomes. En 2009, le réalisateur danois Niels Arden Oplev adapte la saga au cinéma et en fait une mini série (dont il signe les deux premiers épisodes) pour la télévision. Millenium réunit tous les ingrédients d’un thriller envoûtant : une disparition inexpliquée, des secrets de famille inavouables et un duo d’enquêteurs sensuel et explosif. C’est surtout l’héroïne, Lisbeth Salander, qui fascine : une hackeuse au look gothique dont le passé trouble se dévoile au fil de l’intrigue. La magnétique Noomi Rapace popularise le personnage par son impulsivité et sa fragilité. A l’ère du copier-coller, même le grand David Fincher n’est pas à l’abri d’un remake de commande. Et puisque, comme d’habitude, les Américains ne supportent pas qu’un succès leur échappent (de surcroît en langue étrangère), voici donc la version US de Millenium. Et soudain une question se pose : fallait-il vraiment faire ce remake ? 

 

Pitch :

Mikael Blomkvist, journaliste à la revue Millenium, perd son procès en diffamation contre Wennerstöm, un groupe industriel qu’il accusait de malversations financières. Avant de purger sa peine de prison, l’homme accepte d’enquêter sur une jeune fille nommée Harriet Vanger, disparue 40 ans plus tôt. Mandaté par l’oncle de la victime, le journaliste doit trouver le meurtrier au sein même de la famille Vanger. C’est alors que Lisbeth, une jeune hackeuse marginale et surdouée, s’invite dans les recherches de Blomkvist… Cette adaptation raconte le premier épisode de la saga : Les hommes qu n’aimaient pas les femmes.

 

Millenium-2009-photo-1.jpg

® UGC Distribution 

 

Mikael Blomkvist, un modèle de journaliste idéaliste

Mikael est journaliste dans une revue indépendante et militante. Piégé par un scoop bidon qui lui vaut une condamnation d’emprisonnement, il est accablé par l’affaire et se retire pour ne pas compromettre son équipe. Côté privé, il est divorcé et entretient une liaison avec Erika Berger, la directrice du journal. Ses mésaventures et son humilité, en font immédiatement un personnage sympathique dont on a envie de suivre l’évolution. A travers l’enquête qu’il mène, se dévoile un personnage obstiné et attachant. Sa rencontre avec Lisbeth est fondamentale car elle le conforte dans sa volonté de faire éclater toutes les vérités et lui aussi ses limites : Mikael est un homme intègre et juste, incapable de faire du mal à autrui, contrairement à elle. C’est le contrepoids à la tornade que représente Lisbeth Salander.  

 

Lisbeth Salander, une personnalité complexe

D’emblée, Lisbeth, blouson de cuir, maquillage noir, le corps chétif, tatoué et piercé, intrigue. Son passé psychiatrique et ses accès de violence impliquent la mise sous tutelle de la jeune femme de 24 ans. Asociale, méfiante et brutale, Lisbeth est également exclue par son apparence. De nature solitaire, elle se réfugie dans un monde virtuel de données informatiques, là où tout est rigoureusement mécanique et sans émotion. Parallèlement à l’enquête, que Blomkvist mène d’abord seul, le film dévoile peu à peu des traits de sa personnalité. On découvre alors une femme fragile que les hommes se plaisent à martyriser, interprétant son apparence comme une invitation à la violence. Tabassée dans le métro par un groupe de garçons et violée par son tuteur, Lisbeth n’est qu’un objet de fantasme pour les sadiques. Bisexuelle, elle ne croit pas à l’amour des hommes en qui elle voit le traumatisme d’un père maltraitant. En traquant un tueur de femmes, elle fait de l’enquête une revanche personnelle contre ces hommes qui n’aiment pas les femmes.

 

Une enquête d’où émerge la sensibilité des personnages

Le lieu de l’enquête est primordial. La famille Vanger vit sur un îlot non loin de Stockholm. A partir du moment où ils sont dans ce lieu figé par la neige, Lisbeth et Mikael se voient renvoyés à leurs propres blessures. Car les investigations autour d’Harriet sont révélatrices des monstruosités du monde : le racisme et l’antisémitisme (à travers les trois nazis de la famille), l’inceste, le meurtre, la cupidité… La famille Vanger réunit tous les maux d’une société malade. La succession de révélations et les obstacles rencontrés pour mener à bien les recherches soudent peu à peu les personnages. A première vue, très différents, Mikael et Lisbeth sont animés par la même volonté de justice et se nourrissent d’une admiration mutuelle : lui est fasciné par le mystère que représente la jeune femme, tandis qu’elle se passionne pour l’homme incorruptible. Malgré l’atmosphère glaciale, les personnages deviennent de plus en plus attachants. Capable de voir au-delà des apparences, le journaliste semble touché, comme nous le sommes, par les fêlures d’une femme meurtrie. Mais cette relation peut-elle se maintenir hors du cadre fermé de l’enquête ?

 

Une mise en scène des plus classiques

Seul point faible de cette aventure : une réalisation des plus simples avec des champs-contrechamps à chaque scène et la simplicité des plans (plans larges pour les scènes extérieures, plans serrés pour les scènes intérieures). Il n’y a pas réellement d’originalité dans la mise en scène, à part lorsque la caméra ondule sur le corps de Lisbeth pour nous faire découvrir ses tatouages.

 

Version David Fincher : "On est suédois mais nous on parle anglais et ça change tout..."

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® SONY PICTURES

 

Une réalisation maîtrisée

On ne le niera pas, le réalisateur de Fight Club, Seven, Zodiac et autres Social Network a l’art de la mise en scène : caméra vertigineuse quand les personnages sont piégés sur l’île des Vanger, zoom arrière sur une porte pour raconter l’atrocité d’un viol... On est loin des plans fixes basiques de Niels Arden Oplev. En revanche, les scènes filmées sont les mêmes. Fincher propose juste quelques variantes : l'accident sur le pont est vu du point de vue de l'île alors que dans l'original, l'île était en arrière plan. De même, l'agression dont est victime Lisbeth est une simple tentative de vol dirigée par un seul homme, alors que dans le film suédois, l'attaque de la jeune femme est perpétrée par une groupe de garçons qui en veulent à sa personne (ce changement est incompréhensible vu le pouvoir de la scène suédoise !). Ce qui caractérise aussi Millenium US, c’est son rythme ultra rapide. Alors que l’original prenait le temps d’installer les caractères des personnages et des éléments de leurs vies, le remake nous plonge quasi immédiatement dans l’enquête, sans temps mort. Dommage car le film ne permet pas de s’attacher tout de suite aux deux héros.

 

Un manque criant d’émotions et de liens entre les personnages

Il a beau faire 5°C à Stockholm, ce n’est pas une raison pour oublier la chaleur humaine. Daniel Craig, froid comme un glaçon JamesBondien, ne réussit pas à rendre Mikael Blomkvist aussi attachant que dans la version suédoise. D’ailleurs tout ce qui liait les personnages entre eux a été supprimé. Par exemple, dans l’original, Mikael se trouve être un ami d’enfance de la famille Vanger (Harriett était sa baby-sitter quand il était enfant). C’est d’autant plus compliqué d’enquêter sur les suspects car ce sont ses amis (Martin et Cécilia, frère et sœur d’Harriett). Chez Fincher, Mikael justifie sa présence par l’écriture d’une biographie sur Henrik Vanger, qui, a priori ne le connaît. La seule raison pour laquelle il accepte l’enquête est que le vieil homme peut lui fournir un dossier solide contre l’empire Wennerström. Il n’y a aucun lien affectif entre les personnages. Les actions sont régies par des contreparties uniquement matérielles.

L’autre changement regrettable est la manière dont Mikael et Lisbeth se rejoignent sur l’enquête. Chez Niels Arden Oplev, la hackeuse décode les indices du journaliste en piratant son ordinateur (les prénoms suivis des numéros dans le journal d’Harriett, références à des passages de la Bible que Lisbeth connaît par coeur). Elle lui envoie un mail narquois, espérant implicitement qu’il lui demande son aide. Malheureusement, chez Fincher, cette manière d’intégrer Lisbeth aux évènements a disparu. Blonkvist engage Lisbeth sur les recommandations de Vanger. Et les indices seront décodés par la fille du journaliste, une fervente catholique qui reconnaît les passages bibliques (hormis pour cette séquence, on ne voit pas trop l’intérêt de ce personnage). Tout le mystère autour de Lisbeth et son rapport à la religion a été supprimé dans le remake.

Dernier soucis : Lisbeth, elle-même. Ici, Noomi Rapace est remplacée par Rooney Mara, une actrice tout aussi remarquable mais n’apportant rien de plus que son homologue suédoise. Physiquement trop jeune (elle a l’air d’avoir 16 ans), elle n’est plus tout à fait crédible pour séduire un quadragénaire comme Mikael. En revanche la construction de son personnage est intéressante. Cette version de Lisbeth est plus violente, plus écorchée vive. Sa rage transparaît dans ses gestes et ses réactions, permettant ainsi de comprendre son implication dans l’enquête. Cependant, nous en apprenons beaucoup moins sur son passé car les flash-back d’enfance sont rares. Mais ce qui dérange vraiment, c’est la suppression de toutes les conversations intimes entre Lisbeth et Mikael, ces moments où le journaliste s’ouvre à elle et tente de mieux la comprendre. La scène du baiser fougueux en prison a également été sucrée (trop touchante sans doute…). Fincher nous offre une version particulièrement glaciale. Et même la présence d’un chat pour réchauffer l’hiver ne suffit pas à nous attendrir…

 

La Suède et les clichés US

Les personnages sont suédois mais ont des réactions 100% américaines : ils passent leur temps à dire qu’il fait froid et à chercher du réseau sous la neige, comme si Stockholm et ses environs étaient en Antarctique. Pour faire nordique, Fincher a sélectionné des acteurs blonds ou roux aux yeux clairs (sauf Lisbeth bien sûr) et les a affublés d’un teint pâle de circonstance. Enfin, pour installer son atmosphère glaciale sur l’île, il a fait des frères et sœurs Vanger des personnages peu accueillants, antipathiques et inexpressifs. Sacrés Suédois ! 

 

Conclusion :

Faut-il aller voir cette version US de Millenium ? Pourquoi pas… En adaptant cette histoire, Fincher ne prenait pas trop de risques car les différentes intrigues sont passionnantes. Ce remake n’est pas déplaisant, plutôt efficace, cependant, il délaisse l’émotion au profit du thriller. Le rythme haletant fait vite oublier que le film dure 2h38. On sent tout de suite que Fincher fait un one shot : il mixe crime, sexe et action pour assurer le spectacle. Il ne prend pas le temps d’une longue scène d’exposition pour situer les personnages, comme s’il fallait tout concentrer dans un seul et même épisode (d’ailleurs, il semblerait que David Fincher n’ait pas prévu de tourner le second opus). Autant découvrir le film original qui est beaucoup plus nuancé, ou la mini-série plus développée.

 

Original : 7/10, Remake : 6,5/10

 

 

Titre VO : The girl with the dragon tattoo/ Pays : USA/ Durée : 2h38/ Distribué par Sony Pictures/Interdit aux - 12 ans/Sortie le 18 Janvier 2012   

 

Par Sabrina Bonose - Publié dans : ORIGINAL VS REMAKE
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 10:00

 

J.-EDGAR-copie-1.jpg

 

Sacré Clint ! Après deux ratages coup sur coup (Invictus et Au-delà), on le croyait atteint de la grosse fatigue des cinéastes en fin de parcours. Mais ce serait enterrer trop vite le grand Eastwood, dont il est difficile d’oublier les nombreux chefs-d’œuvre qui ont jalonné sa carrière d’acteur et de réalisateur. Avec son biopic sur John Edgar Hoover, le revoilà plus en forme que jamais. Retraçant 48 ans d’une vie passée à la tête du FBI, J. Edgar explore avec délicatesse la vie privée d’un homme solitaire et mystérieux. Dans le costume de l’indétrônable patron du bureau d’investigation, un Leonardo DiCaprio impérial, qui passe de la jeunesse du débutant à la sagesse d’un vieillard avec la même sobriété. Pourtant, la froideur des premières images et la fadeur de la lumière laissent craindre un portrait trop à distance du personnage. Dans son bureau, Hoover dicte à un écrivaillon son autobiographie et c’est ainsi que nous plongeons dans les premiers pas politiques d’un jeune ambitieux, obsédé par l’ordre. Nous assistons alors aux débuts mitigés d’une institution qui peine à s’imposer comme rempart contre le crime. Mais bientôt de grandes affaires (l’enlèvement du bébé de l’aviateur Charles Lindbergh, la traque de Dillinger) permettront au FBI de se hisser au sommet d’une Amérique désorientée par sa violence. Le film se plaît à raconter les volte-faces du grand public à travers le cinéma de James Cagney (incarnant l’ennemi public n°1, puis plus tard le flic n°1). En bon républicain, Eastwood insiste largement sur ce qu’a apporté Hoover à la justice des Etats-Unis : le fichage des empreintes digitales, l’analyse scientifique des scènes de crime ou encore le déploiement de forces spéciales pour arrêter les gangsters. Bienheureusement, le film ne se limite pas à un simple exposé historique. Bientôt, se façonne la personnalité d’un homme double, manipulateur au bureau, frustré en privé. Des allers-retours entre passé et présent font apparaître un personnage détestable, épidermiquement suspicieux, craint et haï par tous les présidents qu’il fit chanter pour rester en poste. Humainement, c’est quelqu’un d’autre. Un être complexé, parfois maladroit, frustré par le trop-plein d’amour de sa mère (Judi Dench). John Edgar manifeste également une fidélité sans faille à l’égard des deux seuls amis de toute une vie : sa secrétaire Helen Gandy (Naomi Watts) et son bras-droit Clyde Tolson (Armie Hammer). Le film devient plus touchant quand il délaisse la figure intraitable des bureaux pour s’attacher à la sensibilité de l’homme.

 

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 ® Warner Bros. France 

 

A partir des rumeurs d’homosexualité qui ont plané sur la vie d’Hoover, Clint Eastwood crée un mélodrame particulièrement poignant sur l’impossibilité de vivre pleinement une relation sentimentale. Cependant, on peut aussi s’interroger sur ce parti pris de traiter l’intime et d’éluder le côté le plus méprisable du personnage. Certes, ce biopic évoque le racisme latent de J. Edgar et les dossiers compromettants qu’il constituait contre le tout Washington. Mais pourquoi ne jamais montrer la réalité de ce qu’ont été, sur le terrain, les années Hoover ? Comment ne pas évoquer les actions répressives du FBI contre le mouvement des droits civiques et les Black Panthers ? Car l’institution a connu ses grandes heures sanglantes dans les années 60, quand elle avait ordre de neutraliser par tous les moyens les mouvements noirs (Fred Hampton, fondateur de la section Black Panthers de Chicago, assassiné dans son sommeil). De même, pourquoi passer sous silence les relations troubles qu’entretenaient Hoover et la mafia ? (il était soumis aux chantages de la pègre à cause de son addiction aux jeux de courses). Par ailleurs, pourquoi traiter son éventuelle homosexualité et pas sa propre homophobie ? (il chassait l’homosexualité dans ses rangs par crainte d’attaques extérieures). John Edgar Hoover reste une énigme, même dans ce biopic, par certains côtés, partial et prudent. D’un point de vue simplement cinématographique, il n’y a rien à reprocher au film d’Eastwood, à part peut-être, un maquillage de vieillard pas très convaincant pour Leo DiCaprio et Armie Hammer (en revanche bluffant pour Naomi Watts). Mais dans l’ensemble, J. Edgar est un bon cru Eastwoodien qui a le mérite de pointer les contradictions de ce fervent défenseur de la morale. On retiendra surtout la finesse d’une des dernières scènes du film : la caméra entre dans l’intimité de la chambre d’Hoover où s’y dévoilent un décor raffiné, un goût pour l’élégance de l’art asiatique et, en définitive, une finesse bien loin de la rudesse de l’homme public. 

 

Artcile écrit le 7 Janvier 2012    

 

Titre VO: J. Edgar / Pays : USA/ Durée : 2h15/ Distribué par Warner Bros France/Sortie le 11 Janvier 2012  

Par Sabrina Bonose - Publié dans : SORTIES CINÉ
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 21:47

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Autrefois écrivain, Marcel Marx s’est exilé au Havre pour vivre une vie modeste de cireur de chaussures et se sentir plus proche des réalités du monde. Ses journées sont rythmées par l’arrivée des trains en gare, les soirées au bistrot du coin et les repas en tête à tête avec sa femme Arletty. Un jour, au port, la police découvre un container rempli des clandestins africains. L’un d’eux, âgé d’une dizaine d’années, s’échappe et croise la route de Marcel…

 

UN FILM OVNI ET HUMANISTE

 

Moins austère que L’homme sans passé ou Les lumières du Faubourg, ce nouveau film de Kaurismäki surprend par son humour décalé et sa tendresse. On aimera ou pas ce ton faux, totalement improbable, mais on ne pourra pas nier la sensibilité du propos. Tourné dans les vieux quartiers industriels du Havre, le film charme par son univers mêlant décors du passé et du présent. Les imageries surannées d’une vieille ville des années 60 se confrontent à la modernité des centres de rétentions. Par cet antagonisme, Kaurismäki oppose la désobéissance civique aux lois bêtes et méchantes, la solidarité des peuples à la délation. Marcel Marx (André Wilms), Arletty (Kati Outinen) et Little Bob (authentique rocker havrais) sont des personnages hauts en couleurs, donnant une belle leçon d’humanisme. Le commissaire Monet, campé par un Jean-Pierre Daroussin énigmatique, a beau porter un imperméable melvilien, cela ne le rend pas moins sympathique. On se prend vite au jeu de cette aventure un peu à part. Récompensé par le prix Louis Delluc, Le Havre est un bel ovni tendre et chaleureux. 

 

 

Titre : Le Havre/ Pays : Fra-All-Finlande/ Durée : 1h33/ Distribué par Pyramide Distribution/Sortie le 21 Décembre 2011        

Par Sabrina Bonose - Publié dans : SORTIES CINÉ
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 19:13

 

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Simon Weiss, un flic de la Mondaine, entame sa tournée nocturne quotidienne. Accompagné de Laurence, son chauffeur pour la soirée, il visite les bars, cabarets et autres discothèques de la capitale. Dans ce monde de la nuit à la fois euphorisant et glauque, le commandant doit entretenir de bons rapports avec les propriétaires de boîtes, tout en leur montrant qui est le patron. Mais l’IGS, la police des polices, veille…

 

DE MELVILLE A JULIE LESCAUT

 

Cela commence comme du Melville et cela finit comme du Julie Lescaut. Jamais un polar français n’aura été aussi inconstant dans ses ambitions. Alors qu’au début, on suit volontiers les pérégrinations d’un flic aux allures de gangsters, au bout d’une demi heure, on a envie de fuir… Une nuit installe son ambiance ténébreuse à la manière du Samouraï ou du Deuxième Souffle. Dans ce Paris silencieux qui renferme tous les vices, Simon Weiss, personnage complexe, oscille entre le respect de l’ordre et l’ivresse du pouvoir. On retrouve chez Roschdy Zem, la même placidité que chez les héros incrédules de Jean-Pierre Melville. L’acteur fait dans la sobriété, alors cela nous change des films excessifs d’Olivier Marchal. De même, Sara Forestier est plus discrète que d'habitude. Mais le souci vient des autres, de ces personnages caricaturaux égrainant les clichés de la nuit : un travelo vieillissant pleurant son chien-chien, une grande folle cancanière (Magloire particulièrement ridicule), les toxicos blêmes comme des zombies, un VIP trop évident (Thierry Ardisson) et des caïds sortis tout droit d’un mauvais Schoendoerffer… Les personnages secondaires ont le dont de rendre ce polar, pourtant pas mal réalisé, totalement invraisemblable. Et puis, le scénario est assez épuisant. Un bar de prostituées, un autre, une soirée avec un ami patron de boîte (Samuel Le Bihan, pas très bon), un cabaret, puis un autre bar, un back room, nouvelle rencontre avec Le Bihan… Le film tourne en rond quand il n’est pas interrompu dans sa course par des épisodes absurdes (l’overdose d’un caniche). Et toujours cette question qui nous taraude : mais où veut en venir Philippe Lefebvre ? Bien évidemment il y a une chute à cette histoire de flic copinant avec des truands. Sauf qu’elle est tellement facile qu’on croit rêver. Il y a certaines nuits où il est préférable d'aller dormir…  

 

 

Titre : Une nuit/ Pays : France/ Durée : 1h40/ Distribué par UGC Distribution/Sortie le 4 Janvier 2012   

Par Sabrina Bonose - Publié dans : SORTIES CINÉ
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 09:50

 

Take-shelter.jpg

 

Curtis LaForche est un ouvrier de chantier installé dans l’Ohio avec sa femme et sa petite fille sourde. Depuis quelques temps, Curtis fait des cauchemars. Il se voit menacé par une terrible tornade et une pluie de déjections chimiques. Alors que ses angoisses deviennent de plus en plus réalistes, l'homme décide de construire un abri souterrain pour protéger sa famille.

 

UN DRAME PSYCHO-APOCALYPTIQUE EN PRISE AVEC NOTRE ÉPOQUE

 

Pour son deuxième film après Shotgun stories, Jeff Nichols signe un oeuvre étrange mais particulièrement habile dans sa manière de capter les incertitudes et les tourments de notre société. Son personnage, interprété brillamment par Michael Shannon (qu'on a pu voir en homme dérangé dans Les noces rebelles ou en flic tenace dans la série Boardwalk Empire), nous plonge dans un univers qu'il sait rendre, peu à peu, inquiétant et oppressant. Du quotidien modeste à la dépression, des cauchemars à la paranoïa, le film glisse subtilement vers l'irrationnel alors même qu'il porte un regard très lucide sur le réel. Par ses psychoses, Curtis véhicule les peurs sociales, financières et écologiques d'aujourd'hui. Face à ces dangers permanents, le personnage répond par l’isolement. Son bunker souterrain, véritable symbole du repli sur soi, représente son ultime refuge. On peut remarquer que Jeff Nichols joue d'un parallèle entre la surdité de la petite fille et l’autisme grandissant du père. Ainsi, la non-communication des deux personnages apparait comme une réponse à la violence du monde. Le film illustre également, à travers un système médical défaillant, l’incapacité de la société à traiter les maux d'une population effrayée par l'avenir. Le film se fait définitivement fataliste lorsque Curtis prend conscience du mal qui le ronge sans pour autant avoir la volonté de le stopper. Qu'il s'agisse des ruptures de rythme maîtrisées ou des superbes plans de ciel ombragé, tout concourt à troubler nos repères et à créer une atmosphère anxiogène. Peut-être un peu trop... Car Jeff Nichols s'autorise parfois quelques longueurs. Et puis, il y a cette fin... Comme pour répondre à un cahier des charges hollywoodien, le film reprend soudainement la voie classique des thrillers paranoïaques. Malgré cela, Take shelter vaut pour sa réalisation soignée et le jeu ambigu et grave de Michael Shannon. On peut noter aussi la belle prestation de Jessica Chastain (The Tree of life, L'affaire Rachel Singer, Killing Fields) dans le rôle d'une épouse bien trop pragmatique pour son angoissant mari. Mais surtout, le film de Jeff Nichols brille par sa faculté à sonder les névroses de notre siècle. Et c'est sans doute pour cela qu'après un premier succès à Sundance, en 2011, le film a été auréolé de quatre récompenses à Cannes, dont le Grand Prix de la Semaine de la Critique. 

 

Article écrit le 7 Juin 2011
 
Titre VO : Take Shelter / Pays : USA/ Durée : 1h56 / Distribué par Ad Vitam / Sortie le 7 décembre 2011
Par Sabrina Bonose - Publié dans : SORTIES CINÉ
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5/10 = Moyen - A voir en DVD à la rigueur

4/10 = C'est pas terrible ça !

3/10 = WTF ?!

Entre 2 et 1/10 = C'est n'importe quoi !

0/10 = Rien à sauver, mais vraiment rien de rien !

 

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